Décryptage | L’écologie dans les municipales

En février 2026, l’Institut Terram a publié son étude « Municipales : l’écologie à l’épreuve des territoires » à partir de données d’enquête recueillies par sondage. A l’approche des élections municipales, l’écologie s’affirme comme un enjeu structurant du débat local. Loin du backlash écologique relayé dans le débat national, les acteurs locaux souhaitent construire des réponses adaptées aux réalités territoriales. Toutefois, dans un contexte budgétaire et économique tendu, la question du financement demeure le principal point de tension pour les communes.

L’écologie, un enjeu majeur des élections municipales de 2026

Elus et électeurs : une convergence autour de l’urgence écologique

 

Entre 2020 et 2026, le sujet écologique a largement progressé au niveau local, en devenant plus concret et visible. Ce changement de perception s’observe chez les électeurs. Dans un contexte où plus de 80 % des Français se disent inquiets des impacts du changement climatique[1], la prise en compte des sujets environnementaux est désormais un déterminant majeur du vote de mars 2026 chez 70% d’entre eux[2]. L’acceptabilité des mesures en faveur de l’écologie existe et ne doit pas s’opposer aux questions de sécurité, de pouvoir d’achat et de développement économique local. Pragmatiques, les électeurs souhaitent la mise en place de mesures concrètes.

« La présente étude permet de dépasser une opposition devenue largement stérile entre une écologie perçue comme électoralement marginale et une société supposément indifférente aux enjeux environnementaux »

Cette évolution dans les perceptions est partagée par les édiles locaux. D’après une étude du Shift Project, près de 90% des maires disent avoir pris en compte le sujet de la transition écologique[3] sur la période 2020-2026, de manière indifférenciée selon l’appartenance partisane. Cela témoigne de la mobilisation de l’échelle locale, tant des électeurs que des maires et candidats, en faveur de la transition et vient contredire l’idée d’un « backlash écologique » lors de ces municipales.

[1] IPSOS, septembre 2025, Observatoire de la ruralité – enquête auprès des Français résidant en zone rurale

[2] BRISTIELLE Antoine, février 2026, Municipales : l’écologie à l’épreuve des territoires, Institut TERRAM

[3] The Shift Project, février 2026, Résultats de la Grande Consultation des Maires et des élus municipaux

Une transition écologique à territorialiser

En dépit de la mobilisation accrue des élus locaux, l’étude de l’Institut Terram montre que les électeurs demeurent critiques quant à la vitesse de la transition écologique dans leur territoire. Ils sont moins de 40 % à trouver que leur commune est en avance sur les questions de transition, avec une critique encore plus forte pour les habitants de zones rurales.

D’un point de vue global, l’Institut Terram montre l’existence d’un consensus fort autour de certaines actions, à l’instar de la rénovation énergétique, du tri et de la réduction des déchets, de la végétalisation des espaces publics et du développement des transports en commun.

Dans le détail, les sujets d’inquiétude diffèrent entre zones rurales et zones urbaines. Alors que les enjeux se concentrent principalement autour de la disponibilité, du partage, de l’accès et de la qualité de la ressource en eau pour les Français habitant en zone rurale, ce sont plutôt les thématiques liées à la pollution de l’air ainsi qu’aux îlots de chaleur urbains qui préoccupent les Français habitant en zone urbaine.

Le financement de la transition écologique : une équation complexe

Un besoin d’investissement massif face à des ressources contraintes

Face aux attentes des habitants, les édiles locaux et, a fortiori les maires, disposent d’une légitimité importante pour y répondre, d’autant plus à la suite de leur élection et leur installation. Au plus proche du terrain, ce sont eux qui portent les chantiers écologiques de leur territoire, qui sont ensuite traduits en mesures concrètes pour les habitants.

Si aujourd’hui les investissements en faveur de la transition écologique de la part des collectivités s’élèvent à 7 Md€/an, I4CE estime qu’il faudrait les porter à 19 Md€/an[1] d’ici 2030 pour atteindre les objectifs de réduction des gaz à effet de serre. Les collectivités, au premier rang desquelles figurent les communes, sont donc confrontées à des besoins d’investissement importants.

Concernant les pistes de financement, l’étude précise qu’un tiers des Français seulement se déclare favorable à une « hausse modérée des impôts ». La réorientation des financements vers des projets de transition écologique, la priorisation budgétaire et le recours au cofinancements externes apparaissent comme des pistes de financement partagées par les électeurs.

Dans un contexte économique et budgétaire contraint, le recours à l’emprunt et l’autonomie fiscale des collectivités auraient pu être évoqués comme des pistes de réflexion.

[1] COLIN Aurore, novembre 2025, Climat : où en sont les investissements des collectivités ? I4CE

Des leviers stratégiques identifiés pour construire une écologie municipale durable

Alors que les événements climatiques extrêmes s’intensifient, il est nécessaire de passer d’une logique de gestion de crise à une logique de planification de la résilience.

L’étude revient sur plusieurs leviers stratégiques à disposition des collectivités. Ils permettent de répondre aux défis de la transition écologique et de l’adaptation au changement climatique dans le contexte de prise de poste des nouveaux élus :

Axe 1 : refonder l’écologie autour d’une action municipale transversale. 

  • L’écologie étant aujourd’hui au cœur des préoccupations des habitants et des élus des territoires, elle doit être pensée comme un cadre transversal de l’action municipale.
  • A ce titre, l’écologie ne doit pas être l’objet d’une délégation spécifique mais infusée dans l’ensemble des politiques publiques afin d’être véritablement transversales.

Axe 2 : territorialiser les réponses aux réalités locales

  • Chaque territoire étant soumis à des contraintes écologiques et climatiques différentes, un effort important d’investissement dans la connaissance précise des contraintes puis dans la construction de solutions adaptées est à mettre en œuvre.

Axe 3 : inscrire l’écologie dans un récit positif, en soulignant les bénéfices quotidiens de la transition (santé, sécurité, économie)

  • Il convient de renforcer le lien existant entre les investissements dans la transition écologique, l’adaptation au changement climatique et les questions de sécurité (environnementale, sanitaire) afin d’inscrire l’écologie dans une vision concrète.
  • L’écologie devient alors un levier de sécurité et de résilience au service des territoires et de leurs habitants.

Axe 4 : financer la transition localement sans rompre le pacte de confiance

  • Si l’écologie est une attente forte des habitants, une majorité ne souhaite pas que son financement se fasse par le biais d’une augmentation des impositions.
  • L’étude montre une préférence marquée des habitants pour les stratégies reposant sur la réorientation des dépenses existantes, la mobilisation de financements externes ou les retombées économiques locales d’un investissement écologique.

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Loin du backlash environnemental présenté dans le débat public, les résultats de l’étude montrent que les électeurs sont sensibles aux enjeux écologiques. Localement, les effets du changement climatique sont visibles, et les réponses apportées par les élus locaux sont tangibles et concrètes. A côté de ce consensus, la question du financement des investissements d’adaptation et de transition écologique fait débat. Dans le contexte budgétaire et économique actuel, la hausse des impôts rassemble peu d’adeptes et laisserait place à une redirection des financements et des priorisations budgétaires. Toutefois, au regard du montant des investissements à réaliser, le débat autour de la transition écologique ne pourra exclure celui plus large de l’autonomie financière et fiscale des collectivités territoriales.

💬 Un décryptage de Cyril Deschamps, Elève administrateur territorial de l’INET & Lou Lamure-Guigard, Responsable des relations partenaires & chargée du développement de l’AFL.