Dans une étude publiée en octobre 2026 et dans le prolongement de précédentes études (Panorama des financements climat), I4CE dresse un état des lieux des investissements réalisés par les collectivités territoriales en faveur de la décarbonation. L’étude met en évidence une progression sensible de ces investissements depuis dix ans, tout en soulignant des dynamiques très contrastées selon les secteurs et les niveaux de collectivités. Cette étude pose surtout la question du financement de la poursuite de cet effort dans un contexte de tensions croissantes sur les finances locales.
L’étude retrace l’évolution des investissements des collectivités entre 2014 et 2024 en faveur de la décarbonation des transports, des bâtiments et de l’énergie et propose de premières estimations pour 2025. Elle s’appuie sur différentes sources publiques sectorielles permettant d’identifier les investissements réalisés par les collectivités et de les répartir entre bloc communal, départements et régions. I4CE souligne dans son étude un certain nombre de réserves méthodologiques et rappelle des modifications apportées par rapport aux études antérieures.
Vers la neutralité carbone : où en sont les investissements des collectivités ?
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Une progression des investissements de décarbonation sur dix ans
Les investissements de décarbonation des collectivités sont passés de 5,4 Mds€ en 2014 à 8,6 Mds€ en 2024, soit une hausse de 59 %. Une partie de cette progression tient toutefois à l’évolution des prix : en volume, la hausse est de 33 % sur dix ans.
La dynamique reste supérieure à celle de l’investissement local dans son ensemble. Entre 2014 et 2024, les investissements de décarbonation ont progressé de 4,9 % par an en moyenne, contre 3,6 % pour l’ensemble des investissements locaux. Leur part est ainsi passée de 9,1 % à 10,4 % de l’investissement des collectivités.
Une dynamique largement portée par les transports collectifs
Cette progression repose très largement sur les transports collectifs (transports urbains, ferroviaires, …), qui représentent 63 % des investissements de décarbonation cumulés sur la période. Les montants correspondants sont passés de 3,5 Mds€ en 2014 à 5,7 Mds€ en 2024.
La rénovation énergétique des bâtiments publics constitue le deuxième poste, avec 1,6 Mds€ investis en 2024, contre environ 700 M€ dix ans auparavant. L’effort consacré à l’éclairage public a également presque doublé pour atteindre 527 M€, tandis que les investissements liés à l’électrification des véhicules sont passés de 38 M€ à 325 M€.
Les investissements dans les aménagements cyclables suivent en revanche une évolution inverse : ils ne représentent plus que 340 M€ en 2024, contre 860 M€ en 2014.
Le bloc communal concentre les deux tiers des investissements
Les évolutions diffèrent également selon les niveaux de collectivités. Le bloc communal réalise environ les deux tiers des investissements de décarbonation, en lien avec ses compétences en matière de transports urbains, de bâtiments, d’éclairage public ou encore d’énergie. Ses investissements ont progressé de 3,3 Mds€ en 2014 à 5,3 Mds€ en 2024.
Les régions représentent, quant à elles, 27 % des investissements, principalement dans le secteur ferroviaire et les lycées. Les départements n’en représentent que 7 %, leur principal poste d’investissement, la voirie, n’étant pas retenu dans le périmètre de l’étude.
Un effort d’investissement à maintenir voire accroitre dans un contexte financier plus contraint
La progression enregistrée au cours des dix dernières années ne signifie pas que les besoins sont désormais couverts. I4CE estime que les collectivités devront maintenir leur effort dans les transports collectifs et l’éclairage public, accélérer l’électrification des véhicules et le développement des réseaux de chaleur, relancer la rénovation énergétique des bâtiments et inverser la tendance observée sur les aménagements cyclables.
Les premières estimations pour 2025 font état de 8,7 Mds€ d’investissements, soit un niveau proche de celui de 2024. Ce chiffre reste toutefois provisoire, en particulier pour les transports collectifs, qui représentent la majeure partie des investissements recensés. Mais, selon I4CE, en 2025, « année marquée par une contribution des collectivités au redressement des finances publiques, les investissements pourraient continuer de stagner voire diminuer dans la plupart des secteurs ».
Cycle électoral d’investissement et contraintes budgétaires, de la nécessité de réorienter les investissements publics locaux et de mobiliser tous les leviers de financement dont l’emprunt
La séquence actuelle est également marquée par le cycle électoral communal. Le ralentissement traditionnel de l’investissement en début de mandat intervient au moment où les trajectoires de décarbonation supposeraient, au contraire, de poursuivre ou d’accroître l’effort engagé.
À cette question de calendrier s’ajoute celle du financement. Les marges de manœuvre diffèrent fortement d’une collectivité à l’autre et, face à des concours financiers de l’État contraints, I4CE rappelle la nécessité de mobiliser plusieurs leviers : priorisation des investissements, fiscalité, trésorerie, tarification des services publics, mais aussi recours à l’emprunt.
Au-delà de la progression des montants investis au cours de la dernière décennie, la question est donc désormais celle de la capacité des collectivités à maintenir cet effort dans la durée. Elle se pose d’autant plus que les besoins recensés par I4CE ne couvrent qu’une partie de la transition écologique. Les dépenses d’adaptation au changement climatique, notamment, devront venir compléter les investissements déjà nécessaires à la décarbonation.
💬 Un décryptage de Yann Doyen, Directeur des engagements de l’AFL.