Alors que la France suffoque et que la majeure partie du pays est classée en vigilance rouge et orange canicule, le gouvernement a présenté le 17 juin 2026, son premier bilan du troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc-3). Ce dernier indique avoir engagé, un an après sa publication, plus de 80% des actions. L’actualité, toutefois, met en lumière les failles d’un système mal adapté aux aléas climatiques, notamment face aux vagues de chaleur qui affectent l’ensemble des pans de la société.
Plus de 80% des actions engagées
Le changement climatique est désormais une réalité qui n’est plus discutée aujourd’hui, comme en témoignent les canicules précoces observées en France dès le printemps. Il s’impose dans le quotidien des Français et révèle l’inadaptation de nos infrastructures et de nos modes de vie.
En 2025, le gouvernement a élaboré son troisième plan national d’adaptation au changement climatique (Pnacc-3) s’appuyant sur la Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC), fondée sur les données du GIEC. Il propose une cinquantaine de mesures pour préparer une France à +4° en 2100, articulées autour de cinq axes :
- Protéger notre population ;
- Assurer la résilience des territoires, des infrastructures et des services essentiels ;
- Adapter les activités humaines pour assurer la résilience économique et la souveraineté alimentaire, économique et énergétique de notre pays à +4°C ;
- Protéger notre patrimoine naturel et culturel ;
- Mobiliser toutes les forces vives de la Nation pour réussir l’adaptation.
Il entend ainsi « guider les choix d’aménagement, la protection des infrastructures, l’organisation du système de santé, l’évolution des pratiques agricoles et la préservation de la biodiversité. ».
Dans le premier bilan du Pnacc-3 publié le 17 juin, le gouvernement indique que 85% des mesures ont été engagées.
Parmi ces mesures, plusieurs concernent directement les collectivités locales :
- Intégrer la TRACC dans tous les documents de planification écologique (mesure 23)
- Lancer la Mission adaptation, guichet unique des services de l’Etat pour accompagner les collectivités territoriales (mesure 25)
- Adapter des sites culturels et patrimoniaux majeurs (mesure 44)
- Avancer la préparation du plan national de restauration de la nature (mesure 43)
- Poursuivre et renforcer l’éducation au climat dans l’enseignement scolaire et dans les cursus de l’enseignement supérieur (mesure 49)
- Former tous les agents publics aux enjeux d’adaptation (mesure 50)
Un bilan positif rattrapé par l’actualité
Toutefois, en miroir de ce premier bilan, l’actualité souligne le manque d’anticipation des acteurs publics face aux évènements climatiques intenses. La vague de chaleur historique met à rude épreuve les politiques publiques et impacte l’ensemble de la société[1] :
- La santé : augmentation de la morbidité et de la mortalité, risques infectieux et épidémiques en hausse (dengue, paludisme, chikungunya), risques liés aux UV…
- Les infrastructures : les bâtiments, les routes, les systèmes de gestion des eaux et les réseaux d’énergie doivent résister aux températures extrêmes
- Les feux de forêt : des températures plus élevées favorisent l’évapotranspiration des plantes. La végétation s’asséchant, elle devient plus sensible au développement des incendies.
- La ressource en eau : besoins importants pour l’eau potable, l’irrigation, l’énergie créant des tensions entre les usages de l’eau…
Les collectivités territoriales qui détiennent près de 75% des leviers de la transition écologique selon la Stratégie nationale bas carbone de la France jouent un rôle central en tant que premiers investisseurs publics. Elles sont en première ligne.
[1] https://meteofrance.com/le-changement-climatique/quel-climat-futur/changement-climatique-quel-impact-sur-les-vagues-de
Des collectivités locales en première ligne
I4CE rappelle que les investissements climat ont augmenté de +44% entre 2021 et 2023, mais ralentissent à la fin du mandat du bloc communal. Dans son étude Panorama des financements climat des collectivités locales, l’institut recommande de doubler ces investissements d’ici à 2030.
Les collectivités se heurtent néanmoins à des capacités financières inégalement réparties et un mur d’investissement. Comment financer simultanément la rénovation énergétique de l’ensemble des bâtiments publics, la gestion durable de l’eau, et l’adaptation des infrastructures dans un contexte budgétaire contraint ?
Face à ces défis, les collectivités doivent renforcer leurs capacités d’action et de pilotage financier.
Plusieurs outils et méthodes sont à la disposition des décideurs locaux :
- Evaluer sa situation financière : L’AFL calcule chaque année une note financière pour l’ensemble des collectivités locales.
- Connaitre les risques climatiques auquel le territoire est soumis : L’AFL a construit un indice de vulnérabilité climat à partir de données publiques. Cet indicateur n’a pas vocation à orienter les financements de l’AFL ou encore à adapter les conditions financières proposées. Issu d’une exigence réglementaire, cet indicateur a aujourd’hui vocation à éclairer tant l’AFL que les exécutifs et dirigeants locaux face au développement d’évènements climatiques majeurs.
- Aligner sa stratégie financière avec sa stratégie climat : I4CE a publié en mars 2026 une méthode pour aboutir à un « PPI aligné climat ».
Les collectivités ne pourront supporter seules l’ensemble des investissements nécessaires à l’adaptation. Un effort coordonné de l’État, des partenaires publics et privés ainsi que du secteur bancaire sera indispensable.
L’AFL, la banque des collectivités locales, accompagne déjà ses actionnaires dans le financement de leurs investissements. L’enjeu, désormais, est de garantir l’habitabilité du territoire face à une intensification des risques climatiques.
💬 Un décryptage de Lou Lamure-Guigard, Responsable des relations partenaires de l’AFL.