Les Territoriades de l’AFL 2026 : territoires, finances locales et décentralisation au cœur des échanges

Le 18 juin 2026, l’AFL, la banque des collectivités locales, a réuni plus de 130 élus, experts financiers et acteurs institutionnels à l’occasion de la 9ᵉ édition des Territoriades.

Placée sous le thème « Territoires, finances et décentralisation : construire l’action publique de demain », la matinée a donné lieu à des échanges riches autour des grandes transformations de l’action publique locale.

En ouverture, Marie Ducamin (Présidente du Conseil d’administration de l’AFL-ST) a rappelé l’ambition des Territoriades : réunir l’ensemble des parties prenantes du financement des collectivités afin de « créer du lien et rapprocher des mondes différents ». Dans un contexte qu’elle a qualifié d’ « instable, complexe et imprévisible », elle a plaidé pour un pacte « clair, lisible et durable » entre l’État et les collectivités, rappelant que les territoires constituent un levier essentiel de l’investissement public et de la transformation du pays.

Yves Millardet (Président du Directoire de l’AFL) a quant à lui souligné la mission fondatrice de l’établissement : relier les marchés financiers aux collectivités locales pour leur permettre d’investir. Il a également rappelé la place acquise par l’AFL auprès des investisseurs depuis sa création il y a treize ans et l’importance, dans un contexte de transition du monde public local, de continuer à garantir aux collectivités un accès durable au financement.

Marchés financiers sous tension : quels impacts pour les collectivités ?

La première table ronde, consacrée au financement de l’action publique, a réuni Nathalie Dezeure (Natixis), Nicolas Painvin (Fitch Ratings), Valentin Giust (Crédit Agricole CIB) et Thiébaut Julin (AFL).

Les intervenants ont replacé la tension actuelle des marchés financiers dans une succession de crises, révélant les dépendances de l’Europe et de la France – aux chaînes d’approvisionnement, aux énergies carbonées ou encore aux nouvelles technologies – et soulignant un environnement géopolitique, macroéconomique et énergétique durablement instable.

Dans ce contexte, ils ont mis l’accent sur des conditions de financement plus exigeantes et sur un enjeu central : la capacité des acteurs publics à continuer de financer leurs investissements, alors que la hausse de la dette et la dépendance aux créanciers interrogent la soutenabilité du modèle.

Au cœur des échanges, une question structurante : comment assurer le financement de l’action publique française dans la durée, et avec quels périmètres d’intervention ?

Révélation de la 7ᵉ édition du Baromètre AFL

Yann Doyen et Henri Daudignon (AFL) ont présenté en avant-première les résultats du Baromètre AFL de la santé financière des collectivités, qui fait état d’une amélioration globale en 2025.

Dans un contexte de ralentissement de l’inflation, la progression de l’épargne brute et la stabilisation des principaux indicateurs traduisent la capacité d’adaptation des élus locaux, malgré leur contribution accrue au redressement des comptes publics.

Les échanges ont toutefois souligné un équilibre encore fragile. Comme l’a rappelé Philippe Laurent (Maire de Sceaux et vice-Président de l’AMF), les collectivités font face à une dépendance croissante vis-à-vis des décisions du Gouvernement et du Parlement, qui ne fera que s’amplifie sur ce nouveau mandat. Selon lui, « une évolution positive ne peut passer que par une réforme extrêmement profonde, à laquelle ni le pays, ni l’administration centrale ne sont préparés et attentifs. »

De son côté, Raphaële Auberty (Moody’s Ratings) a évoqué une année « paradoxale », marquée par la résilience des collectivités, rendue possible par des pratiques de gouvernance solides et une capacité d’adaptation démontrée face aux chocs successifs.

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Décentralisation : des réponses nécessairement territorialisées

En introduction, Clément Beaune (Haut-commissaire à la Stratégie et au Plan), a rappelé un enjeu structurant : face aux défis économiques, climatiques et sociaux, « il n’y aura pas de réponse efficace sans actions territorialisées », appelant à conjuguer effort de redressement des finances publiques et maintien de l’action locale.

La table ronde qui a suivi a prolongé cette réflexion en dressant un constat partagé : celui d’une décentralisation encore inachevée, à la fois contrainte et freinée culturellement. D’après Joël Bruneau (Député du Calvados) « les gens de l’administration ont une vision incompatible avec celle du pouvoir local ». Pour Benjamin Morel (Université Paris-Panthéon-Assas), « le progrès de la décentralisation, ce n’est pas un nouveau grand acte. Cette révolution a surtout pris aujourd’hui la forme d’une contre-révolution ».

Les intervenants ont notamment mis en évidence :

  • Une clarification encore insuffisante des rôles entre l’État et les collectivités, avec des enchevêtrements des compétences qui persistent,
  • Des marges de manœuvre locales limitées, notamment sur le plan fiscal,
  • Une centralisation encore marquée, dans un pays où les dépenses locales ne représentent qu’environ 20 % de la dépense publique.

Selon Arnaud Sorge (France Urbaine), la nécessité aujourd’hui est de « redonner aux collectivités des leviers d’action concrets, condition essentielle pour adapter pleinement l’action publique aux réalités territoriales ».

La coopération interterritoriale : moteur de l’investissement public local

La dernière table ronde de la matinée, consacrée à la coopération interterritoriale, a débuté par la présentation de l’étude AFL / CNFPT-INET, par Annette Charles et Christopher Balaam (élèves administrateurs territoriaux de l’INET). Fondée sur l’analyse d’une cinquantaine de coopérations, elle met en lumière des leviers concrets pour les collectivités afin de structurer et financer leurs projets de transition.

Les échanges ont ensuite été enrichis par Anne Rostaing (Coopérative Carbone), qui a présenté le modèle opérationnel de coopération de la Coopérative Carbone. Marion Fetet (I4CE) a également souligné l’ampleur du défi : les investissements climat, portés par les collectivités, devront être doublés d’ici à 2030, posant directement la question : « a-t-on la capacité de financement de nos ambitions climatiques ? »

Dans ce contexte, les collectivités apparaissent comme des « chefs d’orchestre essentiels » pour structurer des coopérations encore souvent périphériques, mais déterminantes pour renforcer l’action publique locale.

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En clôture de l’événement, Philippe Rogier (Directeur général de l’AFL-ST) a rappelé l’importance de conserver une vision européenne des enjeux qui traversent les collectivités. Revenant sur la notion de « pouvoir d’agir », largement présente au fil des échanges, il a souligné que « l’AFL en constitue une traduction concrète » : un outil créé par et pour les collectivités afin de renforcer leur capacité d’action et d’investissement.

Retour en images sur cette 9ème édition des Territoriades de l’AFL !

Merci à tous les participants et intervenants, à Manon Loisel (consultante-chercheuse au cabinet Partie Prenante et enseignante à Sciences Po) pour l’animation de la matinée et à l’année prochaine pour de nouvelles rencontres !